Ce que je déteste le plus... (leçon d'hypocrisie personnelle)
Sortir des buissons infimes pour dactylographier des nouvelles dont le monde dans sa quasi globalité s'en fout... Cela ne sert à rien... Cela ne sert à rien... Tout avance. Tout s'écroule tranquillement : les pourris gravissent les monts, poudre dans les mains, j'essaye de me rassurer mais rien, rien n'y fait, on court droit dans le mur... Et alors ? Et alors, rien n'y fait... On jubile, on s'extasie, on consomme, on vit nos vies, bien, très bien, trop bien organisées, contre nous parfois, contre nous souvent, contre nous tout le temps...
Je crève d'hypocrisie, je veux m'enfuir et casser tous les liens... Un truc qui ressemble à l'adolescence, mais en mieux... Je suis juste en retard : avant, on aurait compris... Mais maintenant, maintenant si grand, si accompli, si sérieux... (la parenthèse inutile et tellement « il faut remettre les choses dans leur cadre » est terminée, d'ailleurs, en parlant de choses...)
Je rêve de visages et d'odeurs, je rêve d'autre chose... Autre CHOSE, une réalité oubliée, un soubresaut dans les attitudes bien ancrées... Quand on me parle d'horizon je ne vois que connerie, que pire et altercations sanguines... (riche de vie ces petits désordres de grands seigneurs, la chair humaine reste la meilleure à même de nourrir les rancunes indignes et les pouvoirs abusés...), je rêve d'ailleurs et de rencontres... Que des clichés alignés, mais je les ais dans le ventre, je les avale à chaque secondes ces images de changement, ces quelques photos de moments passés ailleurs, avec d'autres voix, d'autres préoccupations, tellement loin, tellement loin...
Je rêve souvent de conscience éclairée et de vies harmonisées, j'y rêve, mais il suffit d'un instant, d'un instant seulement pour que tout se trouble, une accumulation télévisée, des nouvelles défraîchies, tout droit sorti des canulars les plus sombre de manuels de manipulation collective, une réaction insensée d'égoïsme concentré et pourtant légèrement partout dilaté...
Je ne sais pas, je m'en fous, je ne suis pas cohérent, mais je crache, je crache à la figure de l'avenir, à la figure de quelques salauds, je me crache à la gueule et à celle des autres... Je suis pessimiste et je crève de nous savoir si faibles... Je crève de voir en moi l'humanité si irréprochable, propre et assassine : culturellement civilisée. Je crève de voir l'humain endormi refuser de se réveiller... À moins que, ultime rayon d'optimisme, je n'estime plus que je ne le devrais les gens qui m'entourent, de loin, de près, les animaux de mon espèce ; à moins que je ne crois déjà trop en eux pour m'apercevoir que ce qu'il y a de plus humain en eux et en moi est finalement ce que je déteste le plus...