
Agacement
Alignement
Chimio
Circonstances
Dialogue
Et pourtant
Eux
Événement
Histoire d'Arthur
Ils
Industriel organique
Le spectacle
Liberté
Mathilde
Ni trop ni trop vite
Poésie
Révolte
Voyage
Vrombissement
-
Agacement
La seule chose qui l'agaçait, c'était l'idée de devoir vivre après ça... Il se demandait comment
il avait pu en arriver à un tel point d'exclamation ! Sa vie courait sur un joli fil de verre qui crissait quand il voulait jouer à la tyrolienne... C'était magnifique, un concert de brise. Il
dansait, courait, et tout devenait glace. Quand la corde lâcha, il se retrouva emporté dans un tourbillons d'étincelles piquantes, qui l'enquiquinaient de leur froideur... Bientôt, il se retrouva
enseveli sous une immense couche de neige. Il ne vivrait plus pendant trois jours...
Alignement
Ombre de pierre.
La bruit court dans la rumeur des brumes matinales : fiévreux artifices d'amicaux pavés (rue sombre, bruine bretonne : goutte à goutte).
Ombre de pierre.
La rue ploie sous le nombre, la somme de nos indifférences s'accumulent en petits tas bien ordonnés.
Ombre de pierre.
*
J'ai dit que :
J'ai tâté des dentiers de dattiers aux dents de lait.
J'ai dit que :
J'ai ôté des dentelés édentés de grand-mère.
Oui, je l'ai dit.
*
Les catapultes s'exécutent et désolidarisent les pauvres uppercuts.
*
Ombre de son.
Cendriers de cire souillent le salon : oreille de sourd surplombe le sort (substitut risible de nos sentiments, succès de pacotille : un par un)
Ombre de son.
Cendrillons de sabbat salissent les salles de grenadine, la suite se laisse narrer automatiquement dans des sueurs d'oublis.
Ombre de son.
*
J'ai dit que :
J'ai tâté du tout teinté.
J'ai dit que :
J'ai tété des trous totaux.
Oui, je l'ai dit. Tralala. Fraises Tagada.
*
Ombre.
*
On suspend des points comme on peint des passions...
Chimio
Des poèmes à la lettre...
La feutrine court doucement le long de mes reins, une sensation d'apaisement éthéré...
Les jolies images à la rescousse (une brève sismologie des absurdités)
Je suis le chemin que trace mes yeux à travers les tâtonnements divers – sueur du combattant, il arrive à se soumettre au reste
du très saint suaire...
Jolie, jolie contine... Puanteur du diable : épatant pour une simple princesse de bas-étage...
Soucis sur moi, soucis de rien très tristement en accord avec les sens de passage (priorité aux malvoyants, aux infirme, aux
femmes et aux enfants...)
Il n'y a ni passé ni futur, seul le présent est de rigueur. Je n'ai pas d'age, peu d'émotions. Je suis celui là et celui ci,
avec une casquette grise vissée sur le crane – totem. Je ne suis ni l'un ni l'autre. Je suis tant de corps et avec tant de sincérité. Ma vie avance en mosaïque vibrante, elle dessine des
rivières de visages. Je suis tout ça et je perds ma trace. Je coule dans des songes sans mémoire, les bords du fleuve ne s'éloignent pas, ils n'existent pas. A force d'être trop divisé, j'ai
commencé à me voir disparaître, lentement – un coup de brosse sur le vieux tableau noir. Je m'efface, au présent.
-
seul /
immobile
/
crise /
respirer /
douleur
/
mal /
mal /
mal
/
respirer /
seul /
totalement seul
/
immobile /
totalement immobile /
douleur /
dans ses membres
/
mal /
mal /
mal
/
Ça fait mal à l'intérieur /
crise /
crise...
(Jeune homme solitaire, cherche à faire de nouvelles connaissances. Passionné de rêve et d'humour, sarcasme et ironie, voudrait
trouver rêve à emporter.)
-
il souriait au vent,
1,2,3 il dansait, dansait, dansait
1,2,3 il criait, hurlait, jouissait
1,2,3 il vivait, il vivait si fort, si fort.
-
Il s'est pendu un matin de décembre. (Il faisait beau et froid ce jour là, un temps sec.)
« On raconte dans certains pays exotiques, que la mort n'est pas ce que l'on croit. Elle apparaîtrais seulement quand tu
l'appelles. Elle apparaîtrais seulement quand tu es prêt. Que tu en ais conscience ou pas, elle, elle saura. Ce sera peut-être que tu auras acquis assez de sagesse pour vouloir t'enfuir à
tout prix de cette vie, ou alors ce sera peut-être que tu auras engrangé trop de douleurs pour pouvoir rester une minute de plus. Ce sera au fond de toi, cette voix qui attend son moment pour
se faire entendre et chanter son air d'opérette. Alors, la mort, belle, s'approchera de toi et te libérera. Ce sont ce genre d'histoire que l'on raconte dans certains pays
exotiques. »
Il t'observe, perplexe, et ne comprends rien à ce que tu tentes en vain de lui expliquer. Il ne s'était jamais assis dans un
grand champ en cherchant à ne plus rien penser que le ciel et ses nuages et le vert, frais, brindilles chatouilleuses. Il n'avait jamais embrassé un souvenir accoudé à une ville endormie. Il
n'avait jamais bu des litres d'ivresse et jamais vu les volutes de fumée bleue. Il n'avait jamais débattu jusqu'au petit matin avec des gens qu'il aimait. Il n'avait jamais aimé. Aimer comme
on se noie, jusqu'à l'absurde, dans un éclat de soleil virevoltant. Il n'avait jamais pleuré en regardant tout ce qui compte. Il n'avait jamais cherché à rebâtir le monde sur des piliers
moins majestueux mais bien plus solides, des mots plus beau que tout. Il n'avait jamais été vrai sans s'en rendre compte. Il portait un maquillage absurde, en se sentant plus nu que s'il
montrait son vrai visage...
C'est pour ça que tu tendais à l'inertie... Si rien ne donne l'impulsion, on stagne ! Tu cherchais les nouveaux soleils, on t'a
offert la rationalité. Ne te plains pas, tu as de quoi manger, tu n'as pas froid. Tu vois les paysages d'hiver et leurs couleurs, mais tu ne les vis pas, givre dans les veines. Tu sais la
douleur au fond de toi, mais le cri n'est pas naturel. Face au nombre du subjectif, tu te lèves en tendant le poing. Vaine protestation, on te crache à la gueule...
Bonne nuit.
On s'embrasse et on s'oublie...
Il existe toujours une manière simple de...
Et pourtant...
Lorsque je l'ai regardé droit dans les yeux, il m'a soufflé un sourire tant aiguisé qu'il m'en a coupé les lèvres, un vrai vent
d'hiver, glacial, frigorifiant...
(Si l'automne n'était pas arrivé si vite, peut-être en serions-nous sorti...)
La peau givrée, laisse s'échapper des soupirs qui n'ont plus rien à envier aux mains asphyxiantes de jouissance.
J'aime quand il...
Et pourtant...
Lorsqu'il m'a observé en silence, son regard brillait de vérité, un instant où tout est dit sans desserrer les lèvres, les
rayons ont percuté mes paupières, et je me suis découvert aveugle de naissance...
(Si seulement les feuilles n'étaient pas si acides)
Le souffle me caresse, une vague idée d'un bonheur oublié, un sourire, une tasse de café, puis, plus rien...
Il rêve de vies superposées...
Et pourtant...
Lorsque j'imagine les instants suspendus, un bruissement de draps, un apaisement douloureux, j'oublie les matins où les mots
sont de trop, où le silence n'est plus partagé, où une seule parole, lancée au hasard, devient lacération circulaire...
(Si le bruit n'était pas devenu cri refoulé)
L'odeur s'imprime à l'intérieur, le goût des moments arrêtés, quand il n'y a rien d'autre à faire que de se coller contre ce
corps offert...
On aurait pu y croire...
Et pourtant...
Fuir tout ce qui pourrait rappeler de trop près les hémorragies profondes et non-exhaustives. Voilà tout ce qu'elle demandait.
Essayer de penser la vérité autrement que par un jeu de masque ; sans effet de luxe ou de lumière. / Je ne crois pas que ce soit la silhouette d'une femme que l'on adule de loin, mais celle
du diable déguisé... / Il avance seul, en toutes circonstances, la nuit, seul, il lutte contre des fantômes d'un temps éloigné. Qu'aurait-il à y redire en fin de compte, si tout le monde est
heureux de la différence, pourquoi pas lui ? Il semble un peu trop révolutionnaire... Sinon, tout va bien au côté des enfances gâtées mais déchirées. / Je commence toujours par ça... Sale
petite commère outrageuse !!! Je ne viens pas en ami... Je suis translucide. Plus translucide que des litres d'eau claire et marécageuse. Je cherche au dehors. Tout est vide de sens. / Alors
elle avance en chantonnant : la nuit est sourde pour les aveugles. Elle danse d'un pied, tapant le rythme de l'autre. Elle est belle, seule... / Je ne sais pas quoi dire, sinon que c'est la
pure romance d'une enfant des bas quartier. / Cendrillon brille de certitudes, elle luit de faiblesse. / C'est elle qu'il veut rencontrer... / Je le sais par delà les apparences, dans cette
luxure des visages, ils vont trouver une révélation ultime... Moi, je les regarde. Seul. / Il est tout ce dont j'ai rêvé. / Elle est plus encore. / Deux âmes en vagabondage, saisies par
l'objectif. Ils vont s'aimer, s'entre-déchirer. / Je resterais seul, et les accompagnerais sur le chemin...
La pièce ressemble à un puits. Je vis tout au fond. C'est bien plus sombre que les multitudes de morts – mère incarnée, expulse
moi hors de mon corps. (je prie)
Elles ont peur du noir mes petites ombres. Elles sont plus mouvantes, que des nuages faisant l'amour avec du vent. Elles
esquissent des mouvements de pur terreur, elles scrutent ma solitude, elles rêvent – cercle lumineux, je me baigne dans ta noirceur. (je prie)
Penché à la fenêtre, je regarde vers toi, vers eux. Je m'évade, je sens vos mains, la chaleur, mais vos pâles figures ne font
même plus mine de me réconforter. Les silhouettes tribales me rappellent à ma nuit, je suis seul, scrutant un miroir sans reflet – laine de verre, je tape ma tête contre le mur jusqu'à
sentir le rouge tout envahir. (je prie)
Les images fades tombent à la chaîne. Elles sortent de mes yeux et rejoignent l'obscurité. Je n'ai plus rien pour faire du
feu, tout s'effrite et s'enfuit en courant d'air. Mes ombres me sourient. Elles crèvent. Je pleure mes derniers regrets, je vais sortir de mon corps – la lumière a perdu ses droits, la
pièce ressemble à un jour de pluie. (je prie)
Histoire
d'Arthur
Arthur, depuis son enfance, se cachait derrière de fiévreux artifices.
Cherchant désormais ce qu'il ne pouvait pas avoir, et se croyant bien malin, il se décida à poster une petite annonce qui ferait reluire son intérieur :
Agile brute cherche danseuse élégante – finesse garantie.
Hautement invertébré, jouant klaxon libidineux, mérite nettement opinion positive.
(Quel reine sabbatique transgresserait un voyage wagnérien ? – x-y zozotant ?)
Impatient, le galant se retrouva fort offusqué de ne pas recevoir immédiatement des kilos de réponses. Quoi ? Son
talent d'écrivain et la douceur de sa demande ne suscitaient pas des acclamations outre-atlantiquiennes, ne faisaient pas se lever des centaines de princesses de boîte à musique, ne lui valaient
pas les hourras de la critique et les olas des ballerines ? Il devait forcément y avoir erreur !
Néanmoins, au bout de quelques jours, ayant pourtant déjà perdu espoir, il trouva dans son cube à factures une bien étrange missive :
Si la peur a lésiné, va à Venise, la rue pâlis...
Kesako ? Se foutait-on de lui ? Point de signature, pas d'auteur. On s'anonymisait à tout va à ce qu'il voyait ! On
se permettait les pires frasques, on s'imaginait se jouer de son jeu !
Pourtant : étonnement et intérêt mêlés. Colère mais curiosité dure à refouler : il voulait savoir...
Arthur partit donc à Venise.
Arthur se perdit donc à Venise.
Facture anisée, villégiature farinée.
Arthur a donc vu Venise.
Arthur est donc mort à Venise.
Fracture vinassé, vile ligature raffinée.
Conclusion :
La rue effectivement se mit finalement à pâlir (moins que sa figure cependant), lorsque l'on se rendit compte que
seul les mots se jouaient ici (en huis-clos) et que le reste, en fin de conte, n'avait que peu d'importance dans cette errance ci, de cet auteur là...
(En poésie, une seule règle : ne parler que des autres en prétextant un singulier inoffensif)
Ils se sont dévorés de l'intérieur (l'un plus que l'autre certes, mais l'anthropophagie reste suicidaire)
Ils ont appris à se dévêtir en silence, comme un secret que l'on doit garder précieusement (l'un plus que l'autre certes, mais
le temps n'a pas le même effet sur tous les abonnés aux secondes marquantes).
Ils ont recraché le pépin, difforme, dissolution gratuite, corporelle ou magnifiante, jusqu'à ne plus savoir où se trouvait la
pomme (l'un plus que l'autre certes, mais il ne faut pas croire à l'éthique commune et etiquettable).
Ils se sont craché des non-dits à la gueule, un goût de gratuité offensive, arrosé de ferveur gratifiante, qui permet de mourir
sans un mot, une fois le moment voulu (l'un plus que l'autre certes, mais il faut pardonner aux malentendants, d'autant plus si le message n'est pas clair).
Ils ont recommencé, tout, du début à la fin, comme quelque chose d'amer qui reste coincé dans la gorge, un espoir qui ne mène à
rien, une succession de frustrations, une erreur de jeunesse, non, un souvenir plutôt, ce qu'on n'oublieras pas... (l'un plus que l'autre certes, mais tous n'ont pas le coeur aussi
irrigué)...
(En poésie, une seule règle : ne parler que de soi en prétextant un pluriel hypocrite...)
Flash. Lueur. Tout crépite derrière ses iris percés. Il se débat avec la lumière, dard vert pointé dans son ventre. Rythmique.
Cyclique.
Flash. Lueur. Il recule de plusieurs mètres. Les murs commencent à dégouliner dans un sentiment d'exaspération bien prononcée.
Le liquide chaud et organique coule entre ses mains – vert, éclatant, suintant. Rythmique. Cyclique.
Flash. Lueur. Il sent la douleur s'apaiser. Tout s'illumine et s'éclaire dans un éclat de rire. Il oublie pourquoi il est venu
ici. Ses yeux lâchent une larme de leur propre avis. Il disparaît lentement dans la jouissance. Rythmique. Cyclique
Flash. Lueur. Puis plus rien.
Une ombre se projette lentement sur le mur en vieille pierre. Elle s'étend, s'élance, s'impatiente, et finalement s'arrête.
Majestueuse.
Pause.
(L'ombre veut raconter une histoire. Toutes les oreilles se tendent, avides.)
C'est l'histoire d'un ciel de pluie et de son reflet. Tu connais cette histoire. C'est celle que l'on racontait toujours quand
tu apprenais la mélancolie. Elle est belle et longue cette histoire. Tout se mélange et cherche à ne rien vouloir dire... Le jour se lève. Ou bien est-ce le soir, si lumineux. Du gris. Une
touche de gris dans le ciel. C'est l'histoire d'un homme assis sur un banc, il joue à compter les nuages. Il n'a plus toute sa tête, comme souvent à son âge. Il ne se souvient plus. Oui,
c'est cette histoire là. L'histoire du vieil homme et de sa mémoire. C'est l'histoire. Jour de pluie. Un arbre posé près du banc. C'est ça que l'on racontait toujours. Et un lampadaire aussi,
qui plante ses maigres mais dignes racines dans les pavés. C'est ça. C'est l'histoire. Celle qu'il entendait toujours. C'est parfaitement ça. Il ne manque plus que la flaque d'eau, la flaque
dans lequel le ciel se reflète, coquet. Il s'admire du haut de son écart. C'est l'histoire, c'est ça. C'est l'histoire qu'il aimait. Celle des jours de pluie.
(Voilà ce que racontait l'ombre et ce qu'écoutaient tous les spectateurs.)
Play.
-
Soudainement, la lumière s'éteint. Silence. L'ombre a disparu dans un claquement sec. Tout le monde se lève, pleure avec
application, et sort du cirque.
Une petite fille à l'air perplexe tire sur la manche de sa mère : « Dis, Maman, je n'ai pas compris la fin, pourquoi
tu pleures ? ».
Sourires de convenance.
Luisant, scintillant, il crève de ne pouvoir s'oublier dans les sphères d'ailleurs et d'à coté. Il se souvient de ce
qu'il a appris. Vaine lueur dans un ciel de pluie.
Chasse les nuages, chasse.
De la vapeur en suspension, du rêve rationalisé, ne crois en rien, ne crois plus, c'est fait, tu es né.
Un geste.
Mécanique.
Répétition.
Mécanique.
On s'en prend au corps humain, on maltraite, on soumet, on plie les bras d'acier.
La multitude ne réfléchit pas, on regarde, on sondage d'opinion.
Tu t'enfonces dans l'ivresse de ta liberté. De l'air. On étouffe de se sentir seul maître à bord. On
dérive...
Cache ta surdité, soumets tes crachats aux pieux édifices de la modernité vacillante – correspondances absolues,
luttes...
Scintillant, luisant, il s'abreuve au oublis incapables, dans des vides étrangers. Il écarte l'essentiel, tout ce qui
brille.
Veine éclairée dans un soupçon de pluie.
Accoudée à un bout de ciel, elle saute de flaque en flaque jusqu'au bord du vide.
La tête pleine des graines passagères, elle tombe de visions cycliques et remâchées...
Tant pis. Mathilde.
Mais n'oublie pas l'odeur de ces doigts qui te serrent la gorge. N'oublie rien à la beauté du hasard, ni à l'évidence des verts
sombres. Ne te cache pas derrière des forêts d'ennui pour prétexter un sort plus ou moins enviable. N'oublie pas la couleur de l'eau, mauve, marécage translucide. Ne regrette pas le temps qui
t'emporte avec lui.
Non. Mathilde.
Je n'irais pas avec toi. Trop pure, trop diaphane. Descends et ramène moi des bouts de nuage à l'occasion. De ces voluptés dont
on se goinfre. Tu reviendras bien quand tu auras touché le fond. Tu tombes vers le haut, mais le haut doit bien avoir un fond. C'est ça que me chuchotent les voix dans les stupeurs du
réveil.
Tant pis. Mathilde.
Tu sais bien que deux enfants ne peuvent rien y faire (encore de l'enfance qui sue de partout), tu sais que le soleil est loin
et qu'il brûle. Tes ailes, longues, soyeuses, juste des mots, imagination. Tu vois bien, Mathilde que rien n'est plus possible. Souffle et disparais.
Souffle et disparais. Mathilde.
Voilà, je suis apaisé.
Il n'y a sûrement rien à en redire... Toujours le même refrain qui tourne et nous ramène encore en arrière, un lien terne et
morne qui nous fait tous sombrer, jusqu'à la nuit du palais glacé... / Monsieur, il s'est passé quelque chose, vous le savez-tout aussi bien que moi. Vous rêvez sir balington... / Il n'y a
rien que vous ne puissiez faire – deux yeux verts amandes de tristesse, lisses et fraîchement cueillis, un sourire à peine. Jusqu'alors, c'était toujours resté clair, elle était seulement une
ombre de jour, un effet de lumière... Tout portait à le croire... / Comme une pauvre petite bougresse, oui, sussure-moi les mots d'autrefois... Laisse pendre tes mains par la fenêtre. / Au
boulot les enfants, il ne nous reste plus qu'à lire encore une fois, ce que vous aviez prévu pour moi : la même fin qui nous perturbe et nous fait frémir... Nous ne sommes pas que simplicité,
nous sommes doute et langueur, nous sommes douleur et lenteur, nous survivrons avec tout les nôtres. / Pale cadavre, tu me regardes comme si je n'existais pas... / Le signe apparaîtra bien
vite... / Je vous embrasse, prenez soin de vous – Maria, enfant chérie, une pure perte de souvenir... / Lisse moi la tête, distorsionne moi... Donne moi des grands rôles où je pourrais
m'épanouir... M'entends-tu, toi, qui brille dans la nuit ? Je te vois tu sais, je connais ton odeur, ton silence... Je suis aveugle de naissance, tu m'entends, je suis aveugle de toi !!!
Rends moi ma pitié... / C'est apaisant. Je m'étire dans mon bain, j'écoute les voix s'entremêler, dans une symphonie digne d'un point se déplaçant à toute vitesse... Je vois à travers la
lumière... Les formes se sont liquéfiées sur le sol. / Donnez-m'en dix... / Allez, vendu au travers de ta tête de flamme, tu soupires dans un cri de tumeur. / Libre d'avancer sans aucun
soupçon... Je ne suis plus la cadence... Je vise la moiteur de ces sens. Mange-moi... Transperce tout de ta bonté... Je ne suis plus lâche, je relève le visage – casse regards qui plantent
nos dents dans leur yeux de chats... / Nos synonymes se sont absentés, mais relis moi... Et surtout, surtout, n'écris pas trop ni trop vite...
Poésie
Démon, lorsque la lame, abrutie, se déverse,
Des flots, litres de suie; énorme et plein de grâce,
Un regard se plante dans de lentes averses,
Un retard, rite de nos langues, de nos races.
Tu suis la trace, craie, crasse et petits soupirs,
Tu alignes des sots, craches ton ignorance,
Et perle du bout des lèvres, un nom, désir,
Refoulé, remâché, écarté de la transe.
La nuit rythme les insomnies et nous assomme.
Un enfant joue la guerre, en écarte le sens :
Il brandit le fusil, et se prend pour un homme.
Des mots, miment le vrai, assurent la souffrance.
Des rivières de lettres écarlates s'étouffent,
Ils rayonnent dans des liquides de souffre.
Équilibre implacable, tu imposes ton poids du haut de tes quelques siècles. Ta doctrine fait loi, des martyrs pour l'éducation,
des totems pour la foi – je gèle de me savoir si encerclé.
-
Au fil d'un long processus, leurs deux paires d'oeil finirent par se rencontrer (aucune animosité, que des promesses à
partager). Il lui tend la main, elle la prend, simplement, sans autre pensée que le contact de leurs paumes, doigts liés dans une dentelle approximative. Elle sourit, comme c'est de
rigueur. Il lance un cri – cri de lutte, cri qui vient du ventre. Les doigts se resserrent. Elle crie avec lui. Ils crient à l'unisson. Les vibrations se mêlent dans un chant aux
harmonies tribales. Leurs pieds martèlent le sol – rythme naturel volé aux pavés. Tout se mélange dans un sursaut de bonne volonté. (Ils mèneront le combat ensemble, main dans la
main.)
Quelques tentatives rayonnantes de nouvelles vérit
é,
quelques bruits de solidarité et de douleur brisé en éclat de verre, quelques consciences en suspension, un brin de joie sur un autre continent (on fête un mort), l'espoir promet de
s'éteindre demain, mais il rassure encore pour quelques instants. Jusqu'à ce que l'on n'arrête plus de se poser des questions. A ce moment là, il est déjà trop tard.