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Tu es un fil.
Qui se tend,
Se détend,
Suspension...
Je marche à l'invisible :
Ça tangue,
À gauche,
À droite,
Mes pieds s'embrouillent,
Dans un joli feu d'artifice...
Tu es un fil,
Tu me portes,
Me supportes,
Expiration...
Je tombe dans le vide :
Je tremble,
À gauche,
À droite,
Tu me rattrapes,
Et ça claque doucement...
Tu es un fil,
Tu t'étires,
Tu m'attires,
Suspicion...
Je sens que tu t'échappes :
Tu fuis,
À gauche,
À droite,
J'en perds la tête,
Mes cheveux poussent à l'envers...
Tu es un fil,
Que je tisse,
Que j'attise,
Strangulation...
Je me laisse envelopper :
Tu cours,
À gauche,
À droite,
Du bout de tes lèvres,
Tu m'entoures de ton venin chaleureux...
Si seulement le papillon pouvait déjà s'envoler et flotter sur un fil invisible...
Mais le soleil se lèvera-t-il seulement demain ?
Loin de ces colonies collégiales,
où les litres de vin du soir
s'éclatent en gigantesques jets de couleur.
Loin des petits plaisirs sensuels,
où la ruse se mélange,
à d'étrange marches nocturnes.
Loin d'une unique condition de vie,
je m'aperçois enfin que Clotilde est belle,
que les « courage camarade » lancés dans la rage
n'effacent en rien le monochrome : bleu c'est tout.
Quelle connerie monumentale
que ces mélanges masculin-féminin,
perdus dans de longs câlins sucrés,
éclatés dans une dernière onde de CHOC.
Les soupirs percés se sont tous vidés,
tu tailles la pointe de tes vieux souvenirs.
Arrêté à un carrefour nocturne,
tu écartes le risque majeur,
celui qui, corporellement parlant,
nous entraîne dans de lentes chutes charnelles...
Enfin, tu es prêt ; c'est reparti pour un rodéo en selle.
Tu observes la rue : pas de verbe pour les réverbères.
Tu vérifies : pas de saleté dans l'oeil.
C'est bon, tu peux devenir religieux : d'anciens Kyrie surgissent de nul part.
Te voilà même autorisé à casser des oeufs : d'anciens craquements s'installent par dessus.
Tu tourbillonnes,
une voix dit : « calme-toi »,
et c'est à ce moment là seulement que tu SORS de scène.
Souvent, il en rêve : une longue attente sans sommeil,
rien qu'un petit bout de silence : une trêve.
Cet instant particulier où la colère irrespectueuse
se voit balayée au fond d'un couloir éclairé au néon.
C'est souvent dans ces moments là qu'ils passent :
deux échassiers, qui, par souci d'équité, marchent côte à côte,
l'un s'écriant « Corneille est mort », l'autre ne jurant que par Phèdre...
C'est à ça qu'il s'accroche (that's it),
il se dit : « N'énerve pas les voies sacrées,
il y a beaucoup mieux à faire pour être libre d'ivresse ».
Il se dit : « Je souris, c'est tout.
Je regarde passer les échassiers, eux voudraient me faire danser dans une gigue garrottée. »
Mais, là, dans le couloir, la lumière est grise désormais.
Pourtant, souvent, il en rêve : une longue FILE d'instants de paix.
Cette ronde blanche
avait pu croire miser sur les idées.
Elle croyait trouver dans une caresse nocturne,
la preuve formelle, l'unique voie,
celle qui fait tomber dans la nuit...
Mais après avoir misé sur le mauvais type,
celui aux dents d'eau (bad guy, bad teeth),
compagnon des barbares barbus,
elle se résigna à suivre les consignes de sûreté...
Elle cracha dans de vieux mouchoirs en papier,
et d'un air entendu, sibyllin,
elle effaça toutes les correspondances des vieux maudits.
D'un seul coup, coulé, touché du bout des doigts,
elle se dit qu'elle resterait un peu CACHEE EN TOI.
Le vieil anarchiste trempe sa barbe dans la soupe.
Il grelotte.
Le drapeau noir brille au fond de ses yeux,
Mais plus aucune étincelle...
Il est vieux.
Il a l'âge des regrets,
Des non-dits,
L'agile sénilité.
Il se souvient de la femme.
La robe rouge,
un soir,
L'oubli de la nuit.
Une flamme orange et noire :
Ce parfum anglais qui flottait dans l'air.
Pourquoi ne pas l'avoir aimé à temps ?
Décalage horaire, le cul sur l'horloge,
Il a soufflé toutes les bougies :
Asphyxie volontaire...
Il est vieux.
Il a l'âge des regrets,
Des non-dits,
L'agile sénilité.
Il se souvient du gamin.
Accroché à ses entrailles,
La vie qui palpitait...
Elle l'avait bordé de joie.
Mais rien n'avait pu empêcher la fuite,
Inexorable fuite,
fuite vers les étoiles.
Il en avait pleuré des nuits entières.
Il est vieux.
Il a l'âge des regrets,
Des non-dits,
L'agile sénilité.
Il l'aurait appelé Théodore,
Gaspard ou Satanas...
Non !Non !
Marginal !!!
Quel beau prénom...
Il l'aurait mis de côté dès le début.
Lui, il lui aurait tout appris,
L'art de la révolution,
L'art de la pulsation.
Il lui aurait juste dit toute son histoire...
Il lui aurait juste dit...
Oui. Oui...
Mais il est vieux.
Il a l'âge des regrets,
Des non-dits,
L'agile sénilité.
La vue d'une ligne droite.
c'est tout.
Premier cri de douleur.
c'est tout.
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(Absence.)
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Elle dit :
Certains désirs ne méritent pas de porter un nom...
(même si c'est le tien)
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Ils ont fait l'amour et se sont endormis dans les bras l'un de l'autre.
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(Absence.)
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L'enfant est mort né
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(Absence.)
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Être en deuil des valeurs MAJUSCULES.
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(Absence.)
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Tensions d'intentions serpentant dans ses intestins.
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(Absence.)
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(Absence.)
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Elle est si fragile,
si maigre,
si petite...
La vieille femme tente de compter ses rides.
Mais elle ne peut plus,
elle a arrêté il y a si longtemps.
Son visage est une caricature vivante.
Le rouge à lèvre dépasse de la bouche.
Elle n'a maquillé qu'un oeil,
l'autre, elle l'a oublié,
comme tout le reste.
Les autres, elle les a oubliés.
Elle est si heureuse :
Il fait beau aujourd'hui,
elle peut se promener.
Le visage se reflète dans le soleil. Les creux, les vides s'éclairent... Elle se souvient à présent de toutes les blessures et de toutes les joies. Elle sait pourquoi son visage fait rire, mais elle est heureuse, elle est belle. Elle se remémore toutes les déchirures, toutes, de la première à la dernière...
La vieille femme fait peur.
Si seule,
si fragile,
cassable.
Elle ressemble à une petite fille qui aurait joué avec le maquillage de sa mère...
Elle sait,
mais elle est heureuse.
Elle se promène,
et elle est belle...
La vieille veuve,
Cachée derrière son voile,
Claque des dents.
Elle traverse les gens,
Leur glace le dos,
Leur fige gentillement le sang...
Mais la vieille veuve est triste.
Elle attend.
Il a pris dix ans.
Les rides, les traits marqués,
Les yeux vides.
Oublié le temps de l'éclat,
Oublié le temps des couleurs :
gris / blafard / jaune.
Quand reverra-t-on le rouge,
Le rose et le bleu,
La couleur du ciel et des enfants ?
(Trop tard.)
Il a pris dix ans.
Ça reste coincé dans la gorge,
Une grosse boule qui gonfle.
Ça fait mal un coeur cassé,
Ça fait mal un foie grisé :
sang / pompe / jouissance.
On se casse en deux,
On tremble tranquillement,
On se noie en douceur.
(Des bulles amères qui asphyxient...)
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Sa vieille barbe pousse,
Blanche, grisâtre, folle,
Et sa vie qui s'envole,
Soir de la lune rousse.
-
Il a pris dix ans.
Pas encore de canne :
Un pas, un autre pas.
On se rapproche de la tombe,
On a peur du jugement :
dieu / enfer / éther / foutaises.
Admirez mesdames et messieurs,
Enfant et vieillard confondus,
Lente chute d'une peau.
(Tout est déjà fané, tout pourrit de l'intérieur...)
Petite langue de vipère,
Crache, s'étouffe sans venin.
Sangsue, fleur d'adultère,
Tout s'oubliera demain.
Les pleurs manquent d'amertume,
Risquent de ne pas passer la nuit.
Les noeuds, éloges posthumes,
S'éclatent en milliers de milliards de petits soucis.
Stop ! Stop !
Déchéance des sentiments,
Ça te chope,
Te brûle en dedans...
Sénilité précoce,
On pleure sur nos enfants.
On crie, on rosse,
On se pardonne en pleurant.
La nuit...
BOUM
Hello, Hello,
My baby king.
Comment vas-tu aujourd'hui ?
Comment te sens-tu quand il fait nuit ?
Qu'entends-tu quand tu fermes les yeux ?
Que vois-tu quant tu t'approches du feu ?
Allô, Allô,
My darling king.
Tu as passé une belle journée,
À vomir sut tout ce qui bouge,
À cracher dans des soupières dorées,
À plumer les vieilles toux craintives ?
À l'eau, À l'eau,
My dear, dear king.
Qu'as-tu fait aujourd'hui ?
Combien de vies ?
Combien de noeuds ?
Comment se démêler ?
Goodbye, Goodbye,
My crazy king.
Comment t'étreindre ?
Comment s'éteindre ?
Brûle-moi donc la main,
Et surtout dévore, dévore-moi bien...
Petite fille, tes lèvres sont closes,
Laissant à peine passer un souffle.
Ta bouche tait tant de choses,
Qu'à peine ouverte, elle s'essouffle...
Tu joues avec le silence,
Qui ricoche, s'élance,
Et, dans une totale indifférence,
La perte de tes sens.
Tu aimes tous ces mots,
Denses et colorés,
Éternels et si beaux,
Ceux qui font pleurer...
Leurs sons te caressent,
T'enveloppent, te prennent au piège.
Tu entends la musique qui agresse,
Et qui, doucement, t'assiège.
Alors, tu t'évades dans d'autres mondes :
La parole est bannie,
Et, la terre, féconde,
Te protège de son bras de nuit...
Pourtant, au réveil, les lèvres cousues,
Tu te frappes à la réalité.
Vérité mise à nue,
Tu tentes en vain, encore, de t'échapper...
Mais ta prison de silence,
Et son gardien à la voix suave,
T'oppressent de non-sens,
Et désormais de tout soupçons te lavent...
La vie s'écoulait tranquillement,
Les rêves se rapprochaient.
Dans une toile de ciel,
La sorcière s'était enveloppée doucement.
Des nuages blancs couvraient tout son corps,
Et, posé sous son oeil,
Une goutte de pluie.
Son corps s'endort,
La lune rougit...
Pâle aurore,
Souvenir d'une nuit...